Mon parcours
Peintre, sculptrice et céramiste contemporaine, mon travail explore la matière comme un langage à part entière.
Je développe une recherche plastique où couleur, texture et geste dialoguent pour révéler une tension entre force brute et équilibre sensible.
De l’image à la matière
Mon parcours débute par la photographie, véritable école du regard. Elle m’a appris à observer les formes, les rythmes et les couleurs du monde. Mais très vite, l’image me semble insuffisante : trop figée. Le besoin de toucher, de transformer, d’épaissir l’œuvre s’impose. La matière devient alors centrale, d’abord à travers l’encadrement, puis la peinture.
Couleur, identité et territoires
La découverte de l’Inde marque un tournant décisif. La couleur y est omniprésente, culturelle, identitaire. Cette révélation nourrit une recherche autour des univers chromatiques et de la géographie des couleurs. Mes premières toiles abstraites intègrent des matériaux liés aux territoires évoqués — textiles, bois, papiers, éléments de récupération — pour ancrer la couleur dans une réalité sensible et culturelle.
Matière vivante
Progressivement, la surface plane ne suffit plus. La matière s’épaissit, se modèle, se sculpte. Issue en grande partie de récupération, elle est pétrie à la main, assemblée, figée dans des enduits ou des colles, jusqu’à devenir le corps même de l’œuvre.
La couleur n’est jamais décorative : elle est peau, révélatrice, porteuse de sens. C’est dans ce dialogue entre matière et couleur que se construit mon langage artistique.
Peinture, sculpture, céramique : un même langage
La céramique s’inscrit naturellement dans cette continuité. Le travail de l’argile prolonge mon rapport physique à la matière et introduit l’imprévisible du feu. Émaillage, textures, accidents de cuisson enrichissent la recherche, entre contrôle et lâcher-prise.
Peinture et céramique ne sont pas des pratiques distinctes : elles sont les deux faces d’une même exploration.
Une recherche en mouvement
Mon univers oscille entre abstraction et résonances du réel. Il se nourrit de voyages, de cultures, de mémoire et de questionnements identitaires.
Je ne cherche pas à représenter, mais à évoquer : provoquer une sensation, une émotion, une présence.
Chaque œuvre est une invitation à regarder autrement, à ressentir, à entrer en relation avec la matière.
INTERVIEW
Sûrement dans une vie antérieure ! Je ne fais pas partie des gens qui sont nés artistes. Ma vocation est venue sur le tard, un peu inopinément.
L’audace ! La majorité de mes travaux sont des approches expérimentales de la matière, initiée au sein du mouvement “ENERGY TRACKS”, groupe international d’artistes dont les expérimentations portent sur les processus physiques et chimiques capables de créer une énergie, chromatique ou plastique. Je travaille beaucoup sur la polymérisation de colles sur matières fragiles telles que carton, papier, tissu dont je transforme la structure. A l’opposé de la quête d’une revendication de l’éphémère, mes travaux s’inscrivent dans la dynamique du temps qui n’aurait plus de prise sur la matière dite “fragile”, lui faisant accomplir le défi de durer. J’ai érigé mes propres techniques à force de travail et d’expérimentation. Un artiste est un chercheur alchimiste…
Dans mon parcours artistique, la photographie a été une première étape, une discipline, une école de la sensibilité au service de la mesure des choses, un calibrage de l’œil aux formes et aux couleurs. Dans mon travail de peintre, j’applique cette même rigueur qui, paradoxalement, mène au dépassement de soi, fait accoucher l’inconscient et surgir le mystère.
Ma démarche de plasticienne s’articule autour du concept de l”emballage, dans sa dimension allégorique de parure sociale altérant la nature originelle des choses. Mon questionnement porte sur ses limites et ses contradictions, sa capacité à dissimuler, transformer ou révéler la “matière” intérieure.
Je me conditionne mentalement. Il faut sentir le moment juste, celui où l’envie, les sens, sont aiguisés à point pour accueillir une émotion véritable, couplée à l’énergie qui lui correspond. C’est cette même énergie qui prend forme. Dans la vie, j’observe en permanence, je photographie inconsciemment des détails qui m’inspirent le travail d’une matière, qui rendent apte à ouvrir le dialogue.
Le moment où je sens que le rendu se confond avec ma pensée et mon besoin vital de sentir mes émotions absolument exprimées. Éprouver ce sentiment troublant que l’on est parvenu à se comprendre soi-même…
Un questionnement, un regard sensible porté sur le monde que nous composons. L’expérimentation est une forme de résistance. Dépasser les limites, ouvrir de nouvelles portes, s’interroger sur ce qui se trouve au-delà des acquis, refuser le confort pour un risque qui en vaut peut-être la peine. L’art est avant tout un un vecteur de communication envers les autres. Je considère que la vie d’une œuvre commence au sortir de l’atelier, au moment d’une exposition, lorsqu’elle s’offre au regard des autres. Elle devient un merveilleux prétexte à l’échange avec l’autre qui exprime sa propre émotion et commente la vôtre jusqu’à déceler parfois les aspects les plus obscurs de votre personnalité, apporter un bout de réponse qui vous emmènera vers d’autres questions. Une façon de se sentir vibrer, d’être vivant.
Je n’ai aucun modèle de référence. J’aime l’idée que l’on puisse créer sans aucune influence. J’aime beaucoup le sculpteur sénégalais Ousmane Sow. Je l’aime pour son parcours, son histoire, sa façon d’être tombé dans l’art par hasard et avec beaucoup de force, sa façon d’être un artiste « à part », avec humilité et talent. Dans ma peinture, je me reconnais dans l’approche technique d’ Alberto Burri, précurseur de l’art informel. Comme lui, j’ai éprouvé un rapport physique avec la surface de la toile que je lacérais, triturais, maltraitais.





